PAUL
JOURNET
COLLABORATION SPÉCIALE
Trois troubadours qui réinventent le
passé. L'étiquette colle parfaitement
à Steve Grenier, François Rainville
et François Perron, les créateurs
derrière Skarazula, un des rares groupes
de musique médiévale au Québec.
Le trio a la particularité de
fabriquer lui-même ses instruments.
Un peu par nécessité, puisqu'il
est difficile de trouver en magasin une trompette
marine ou un cistre. « Les instruments
médiévaux n'avaient pas de forme
standard, affirme François Rainville,
l'artisan au sein du groupe. Je respecte seulement
quelques paramètres de base. Par exemple,
un cistre doit avoir un fond plat. Pour le
reste, je prends beaucoup de libertés.
La lutherie, au Moyen Âge, fonctionnait
comme cela. C'est seulement à la Renaissance,
avec le début des grands orchestres,
qu'on a commencé à standardiser
les instruments».
C'est avec ces instruments originaux
qu'a été enregistré Ostara,
premier album du groupe. Mine de rien, le
« trio à remonter dans le temps
» en a vendu 3500 exemplaires. Et le
meilleur reste à venir. Ses membres
ont en effet été recrutés
pour figurer comme troubadours dans L'Âge
des ténèbres, la prochaine réalisation
de Denys Arcand. « À ma connaissance,
nos deux journées de tournage tiennent
toujours », assure Steve Grenier, conscient
que la productrice du film, Denise Robert,
doit encore compléter son montage financier.
Pour arrondir ses fins de mois, Skarazula
joue à des mariages et parcourt les
écoles primaires et secondaires. Il
prépare aussi une collaboration avec
Jeunesses Musicales Canada, organisme voué
à la diffusion de la musique classique.
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Passion médiévale
Pourquoi se passionner
aujourd'hui pour le Moyen Âge?
Pour sa part de mystère, répond
François Perron.
« On a conservé
peu de traces de cette époque. C'est
donc impossible de connaître précisément
le quotidien des gens. Par exemple, comment
vivaient les bâtisseurs de cathédrales
du XIIIe siècle? Le mystère
plane là-dessus. Même chose
pour la musique. Il existe aujourd'hui environ
3000 poèmes de troubadours, mais
seulement 300 pièces musicales. »
Mais il ne s'agit pas d'un obstacle
pour Skarazula. Car le groupe n'est pas
voué à reconstituer le passé,
mais plutôt à s'en inspirer
librement. Pour combler les trous de l'histoire,
il ajoute au répertoire ses propres
compositions.
«Composition et répertoire
restent séparés, explique
Steve Grenier. Nos compositions ne sont
pas basées sur des airs médiévaux.
Elles sont aussi plus riches que celles
de l'époque. Ça les différencie
du répertoire. Le contraste devient
parfois trop grand. Pour que l'album conserve
son unité, on a donc arrangé
les pièces du répertoire.
On ne les distingue plus sur le disque.
Skarazula ne reste pas neutre devant
l'histoire. Le groupe a choisi son camp
: celui des voix étouffées
par l'Église. « On est attiré
par ce que l'hégémonie chrétienne
combattait. Par exemple, le mot skarazula
fait référence à une
herbe censée éloigner les
mauvais esprits. Et ostara est le nom de
la fête du printemps, qui célèbre
la déesse Œstre. L'Église
l'a réprimée, puis l'a récupérée.
Ostara s'est transformé en Easter
chez les Anglais», raconte François
Perron.
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Le groupe Skarazula
joue avec des
instruments fabriqués par ses membres
Le trio continue dans
cette voie. Il espère consacrer un
album à chacune des saisons. Prévu
pour hiver 2007, Litha célébrera
la fête païenne de l'été.
Cette fois, les musiques proviendront surtout
de l'Orient et les textes seront chantés
en espagnol.
Skarazula
est en concert le 13 août au Festival
des traditions du monde, à Sherbrooke.
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